Refusés [16]

Cette page signale les titres qui ont été relevés car inclus dans le genre SF par certains auteurs et qui – à mon humble avis – n’en relèvent pas. Tout avis divergeant (ou convergeant) est le bienvenu – voir commentaires.
 
1895 – Démolition d’un mur (Fr. Lumières – Fr) : Malgré l’aspect Temps réversible du film, il ne s’agit pas d’une fiction avec intention nette, mais d’un film passé à l’envers, donc, en un sens, rien qu’un « effet spécial » ou une « curiosité technique » – du moins pour l’époque.
1896 – Building the Star Theater (Dickson – Usa) : Motif similaire à « Démolition d’un mur ». Cependant, il dépasse – dans son intention – le film des Lumière. Le film présente la construction d’un édifice en accéléré. On imagine que la perception est celle d’un temps accéléré, non pas d’une supposée prouesse technique de constructeurs fabuleux. Dans ce cas, on peut sans remords ne pas classer l’œuvre en sf.
1897 – The X-Ray Fiend (Smith – GB) : Bien que cité par plusieurs sources, nous trouvons le plot un peu mince pour figurer vraiment dans la sf. Un couple flirt sur un banc, un scientifique vient et braque une machine à Rayons X et l’on voit soudain deux squelettes poursuivre le flirt. L’homme relève la machine, et le couple poursuit jusqu’à ce que la femme quitte l’homme visiblement énervée – pour une raison qui m’échappe. Les rayons X n’étant plus de la sf en 1897, le scénario ne mettant rien qui semble relever de la science-fiction mais plutôt du simple gag (avec, qui plus est, une réalisation des plus pauvres à tout niveau, mais là n’est pas la question), tout ceci nous fait inclure le film de Smith dans la liste des refusés. A voir ici : http://www.youtube.com/watch?v=3gMCkFRMJQQ
1898 – Le Rêve d’un Astronome ou La Lune à 1 Mètre (Méliès – Fr) : parfois cité, le traitement du sujet est nettement de l’ordre de la fantasmagorie et non pas de la sf. La présence de la Lune ou de télescopes ne suffit pas à classer le film dans le genre. Seule note intéressante, il semblerait que les télescopes fonctionnent ici d’une drôle de manière : ce que l’homme regarde de loin se rapproche immédiatement ; une sorte de défaut qui fait que ce qui est – dans le fonctionnemnent normal – illusion (d’optique) devient réel.
1899 – The X-Ray Mirror (McCutcheon – USA) : Encore plus « refusable » que le X-Ray Fiend ci-dessus. Une femme essaye un chapeau devant un miroir « à rayons X ». Elle y voit une danseuse de ballet et s’évanouit. Pourquoi ne voit-elle pas son squelette ? Est-ce là la blague ? Pourquoi ces Rayons X sont-ils un miroir ? Non seulement cela semble n’avoir guère de logique, mais est extrêmement court. La simple présence des rayons-X, découvert quelques années plutôt, ne suffit sûrement pas à inclure un film en science-fiction.
1902 – L’omnibus des Toqués (Méliès – Fr) : Un carrosse tiré par un cheval mécanique s’arrête au centre de l’écran. S’ensuit des cabrioles multiples des occupants qui passent de peau noire à blanche, s’additionnent les uns aux autres, etc. Malgré l’étonnante apparition d’un cheval mécanique, le scénario, comme l’indique le titre, est plutôt une fantaisie comique et clownesque, autorisé par l’idée de folie.
1903 – The Unclean World (P. Stow – GB) : Un scientifique se méfie de son sandwich au fromage. Il le place sous un microscope et découvre des animalicules aussi effrayants que grotesques. Bien que le film utilise la vue microscopique – pour la première fois dans l’histoire du cinéma – il s’agit plus d’un comique à ressort scientifique qu’un film pré-science-fiction.
1905 – Rêve à la Lune ou Amants de la Lune – Zecca et Velle (Fr) : Film fortement inspiré du Voyage dans la Lune de Méliès, le récit met en scène un ivrogne délirant. Celui-ci se trouve envoyé dans la lune accroché à une cheminée arrachée d’un toit par un éclair. Ceci aurait pu faire hésiter à classifier le film en pré-sf, si, apparemment, ce voyage « n’était qu’un rêve ».
1906 – The Pill Maker’s Mistake – Fitzhamon (GB) : L’inventeur de pilules « énergisantes » est la victime d’un sabotage : on augmente la dose de produit actif. Une chef-cuisinier qui en a acheté renverse le flacon dans la soupe des convives. Ceux-ci courront chez le docteur inventeur pour lui prouver violemment et nerveusement que ces pilules fonctionnent à merveille. L’aspect science-fictionnel tient à cette invention aux effets speedant. Ce n’est pas la vulgarisation de produit vantant, de nos jours, les mêmes mérites (ne citons pas une certaine boisson pour rester au bas de l’échelle) qui nous fait paraître ce plot comme peu science-fictionnel mais bien que déjà, à l’époque, les publicités n’étaient pas rares pour ce genre de produit. En un sens, ce scénario est plus une comédie autour de ces produits (même relevant du pur charlatanisme) de l’époque qu’un film imaginant une innovation.
1906 – The ? motorist – Booth (GB) : Bien que les héros de l’histoire dispose d’une voiture volante et fuit la police jusqu’à travers l’espace, s’accrochant à des comètes, roulant sur les anneaux de Saturne, je trouve qu’il s’agit plus d’une comédie à tendance fantasie que SF. Vous pouvez juger ici
1907 – 200.000 lieues sous les mers – Méliès (Fr) : pour les raisons décrites ici.
1908 – The Airship – Blackton (USA) : Un couple dans un avion observe un homme volant, muni d’une paire d’aile fixées à ses bras. Nos passagers s’amusent à lancer depuis l’avion divers objets. Un homme en reçoit un sur lui et va se plaindre à la police. Le policier monte un vélo volant pour pourchasser l’avion. La victime elle-même emprunte une paire d’aile pour retrouver ses agresseurs. Mais il percute le véhicule du policier, va heurter la Lune puis tombe dans la mer. Là, après avoir flirté avec une sirène, il est avalé par un requin. Heureusement pour lui, le requin sera pêché, éventré, et il en sortira indemne. Malgré les véhicules volants et la mise en scène des problèmes qu’ils causent, les péripéties de la victime font penser plus à une comédie fantaisiste qu’à de la science-fiction – à rapprocher d’ailleurs du précédent The ? motorist dans cette même liste.
1910 – Den Skæbnesvangre opfindelse – Larsen (Dk) : Ce film Danois est (encore – voir incertains en 1908) adaptation de Jekyll&Hyde. Le film prend hélas le parti de faire toute l’histoire un rêve de Jekyll. Ceci fait de la terrible invention du Docteur une simple chimère et m’empêche, lorsqu’il s’agit de Stevenson d’accorder à cette production la place qu’une vraie adaptation mériterait.
1910 – Frankenstein – Dawley (USA) : Il paraît extravagant de ne pas inclure la toute première adaptation de Frankenstein. Le premier point ne serait pas suffisant : la création du monstre – un peu longuette – même si elle fait sérieusement appel au folklore magique (potion, fumée, chaudron) peut encore être comprise comme une oeuvre scientifique. Mais le final, totalement rocambolesque en rapport avec l’oeuvre écrite fait, en un sens, verser le film dans le fantastique. Ceci est – de mon point de vue – réellement dommageable, d’autant que le parti pris insiste avant tout sur l’émoi que provoque Mme Frankenstein chez le Monstre et l’horreur que celui-ci éprouve face à son image spéculaire. Certes, l’époque, le format, etc. mais quand même. Je laisse malgré tout le lien pour que chacun puisse être juge : http://www.youtube.com/watch?v=TcLxsOJK9bs&hl=fr
1913 – A message from Mars – Waller (GB) : A Message From Mars est tiré de la pièce de théâtre de Richard Ganthoney. Il ne s’agit ici que d’une adaptation de « A Christmass Carol » de Dickens avec, en place de fantôme, un Martien. La présence de l’extra-terrestre suffit-elle a faire de ce film un film de sf, pas à mon goût, et le plot reste avant tout une fable moraliste reliftée – d’autant qu’encore une fois, Waller et Ganthoney nous font le coup du rêve.
1914 – Thirty Leagues under the Sea – Gregory (USA) : Ce film ne devrait même pas figurer dans les refusés, s’il n’était – bizarrement – cité dans une liste d’adaptations de Verne sur un site officiel (diplomatie.gouv.fr). Ce film est un documentaire sur la vie sous-marine et n’est nullement une fiction – encore moins une adaptation de l’auteur français. La liste incriminée ne semble d’ailleurs pas très sérieuse, tentant visiblement de trouver le plus d’adaptations de Verne et mélangeant allègrement les vraies adaptations, les simples inspirations, les rapports éloignés – aussi éloignés dans notre exemple qu’il y a de distance entre 30 et 20.000 lieues.

 

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